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02 mai 2013

La Serbie en dix questions ou l'interview d'un jeune étudiant Serbe à Toulouse

- Quel est le contexte socio-politique et économique de la Serbie ?

Aujourd’hui, le contexte politique et socio-économique se caractérise par la complexité des circonstances et des facteurs qui l’influencent. Ce contexte a plusieurs composantes :

  • Les évènements des deux dernières décennies qui n’ont été autres qu’une atmosphère de guerre, de destruction de l’humain, de sanctions internationales, de crises économiques, spécifiquement de disparitions des industries. Ce qui n’a rien à voir avec la belle représentation qu’avait été la Serbie durant la période communiste.

  • La mondialisation et la position géo-stratégique de la Serbie au regard des grandes puissances qui sont défavorables aux intérêts serbes.

  • Enfin une confusion des valeurs. Le système de valeurs créé durant la période communiste fut remis en question et détruit.

Mais le nouveau système libéral imposé par l'Europe n'a pas rencontré des conditions permettant son implantation. Il y a aussi une crise des valeurs morales et nationales.

- Comment est la vie là-bas ? Est-ce difficile de trouver un travail ?

Il est très difficile de trouver du travail, très facile de le perdre, il y a de l’insécurité. Une perte d’espoir généralisé dans la population, les prix grimpent et les salaires restent les mêmes. Pendant ce temps, rien ne laisse espérer un changement positif de la situation.

- Est-ce que le pays est touché par la crise financière ?

Oui à tous les niveaux, en partant de l’économie étatique, puis l’industrie, les salaires, les investissements dans la culture. Cette culture reflète d'ailleurs le modèle culturel libéral, et n'investit pas dans les valeurs nationales, nous entrainant toujours plus loin dans le gouffre.

- Existe t-il une conscience nationale Serbe ?

Oui elle existe, mais pendant le communisme elle a été systématiquement piétinée. Ensuite durant Milosevic ce n’était pas bien non plus, parce qu’il conservait le pouvoir et il n’avait pas assez de conscience nationale. Mais la conscience nationale des Serbes est affectée par les grandes défaites de la Nation Serbe qui ont marquées les deux dernières décennies. L’expulsion des serbes de Croatie, du Kosovo, les évènements en Bosnie, au Monténégro, tous ces événements amènent les Serbes à une perte de conscience nationale et une perte de foi en leur propre puissance. La plupart des serbes ne sont pas enthousiastes.

- L'élection d'un "nationaliste" lors des dernières présidentielles de 2012 fait-elle naître des espoirs pour le peuple serbe ?

Je ne le présenterai pas comme ça, rien n’a été fait pour l’instant afin d’améliorer la conscience nationale, et le nouveau gouvernement n’a rien fait. Les politiques du nouveau gouvernement ne sont toujours pas claires, on ne sait pas de quel côté ils vont se positionner. Aujourd’hui Président Nikolic n’est pas le même nationaliste que jadis.Il a beaucoup changé son idéologie, par exemple au sujet de l’Union Européenne ou du Kosovo.

- Est-ce que les Serbes se sentent Européens ? Ont-ils envie d'adhérer à l'UE ?

Au sens historique et civilisationnel les serbes sont liés à l’Europe, mais les relations avec l’Union Européenne se déteriorent, et cela est justifié au regard des engagements et des décisions prises par l’Union Européene contre les intérêts Serbes dans les années passées. Et de ce fait l’enthousiasme concernant l’union européenne est en chute constante pendant qu’un euro-sceptissisme est en explosion.

- Quelles sont les relations avec le Kosovo ? Est-ce que les Serbes peuvent s'y rendre facilement ? La Serbie la revendique t-elle toujours ?

La situation actuelle au Kosovo est une conséquence de la guerre de 1999. Dans cette guerre, l’OTAN (incluant la plupart des pays européens) a bombardée la Serbie et était allié avec l’Albanie afin de les aider à avoir un nouveau pays Alban dans les Balkans. Cette tendance s’est poursuivie même après la chute de Milosevic ce qui a conduit le Kosovo et les Albanais ont déclaré l’indépendance du Kosovo, ce que la Serbie ne reconnait pas, tout comme les Nations Unies. Il reste à voir comment ce problème va évoluer dans le futur. La grande majorité des Serbes qui vivaient au Kosovo avant 1999 ont été exclu et des milliers ont été tués. Des centaines de temples, de monastères, d’églises orthodoxes et de cimetières ont été détruits. Des milliers de maisons détruites également, ce qui empêche un éventuel retour des Serbes. Pour les Serbes, et notamment ceux qui vivent au sud de la rivière Ibar, il n’y a ni liberté de circulation, ni sécurité. Et c’est la collectivité la moins bien traitée en Europe aujourd’hui. La réalité du Kosovo accable la conscience nationale Serbe.

- Est-ce que la guerre des Balkans est encore présente dans les têtes ? Dans le paysage ?

Absolument. Elle est présente dans l’esprit des gens, de toutes les nations qui ont participées: histoire nationale, rappel des conflits ethniques, les croates célèbrant les albans, faire face aux nouvelles exigences.

- Comment vois-tu l'avenir de ton pays ?

Ce n’est pas une question facile. J’espère que la situation va aller de mieux en mieux, en allant vers un programme de développement national dans les futures décénnies, ce qui inclue une consolidation du système de valeur, un redressement économique, une croissance générale du niveau de vie.

 

Interview par Léo et Mezy

21 septembre 2010

Errare libertarum est

 

 

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    Il est des adversaires politiques dont il n'est pas la peine de défaire leurs arguments mais au contraire de les diffuser... pour les combattre. Ainsi le sieur Claude Guillon, écrivain français né en 1952, communiste libertaire. Célèbre pour la publication polémique de « Suicide, mode d'emploi », il a également publié « Pièces à conviction », dont certains passages relayés par le fanzine libertaire «Apatrides », sont un plaidoyer pour la pédophilie [1] !  Le but de cet article n'est pas d'opposer des arguments à ce texte car cela lui donnerait un semblant de début de légitimité; mais plutôt de démontrer que les idées libertaires sont moribondes au point de devoir transgresser tous les interdits afin d'exister encore.

A quand le « pédophiles de tout pays: unissez-vous »?

    Hormis le contenu, absolument scandaleux, la première chose qui saute aux yeux dans ce texte est l'absence complète d'idées au profit de vagues sympathies. Le fil conducteur de l'argumentation est donc la liberté sexuelle totale au nom … de la liberté. Peut-on prôner la liberté de jouir avec des enfants comme on peut prôner la liberté pour l'Euskadi ou Jean Marc Rouillan; c'est-à-dire considérer le fait d'abuser d'un enfant comme un acte progressiste militant ? Refuser ce droit est-il vraiment un acte fasciste?

Makhnovchina mon amour

    Ce texte est révélateur du piètre niveau de débat qui règne chez les libertaires. Leurs positions n'ont guère varié depuis un siècle et voyant du facisme partout, ils ne débattent bien souvent qu'entre eux. Des auteurs comme Claude Guillon en arrivent alors à écrire ces horreurs, persuadés sûrement de la légitimité de leur propos. Le but serait-il la transgression sans limite pour choquer les lecteurs équilibrés, considérés comme des réactionnaires ? Dans ce cas, l'auteur joue avec le feu, car l'apologie de la pédophilie peut créer un déclic chez le pédophile latent.

Rite et respect VS Pédophilie?

    Claude Guillon pense qu'il n'est pas plus traumatisant pour un enfant d'avoir un rapport sexuel que de manger à heure fixe, ou d'obéir à un maître d'école. Ainsi met-il au même niveau un travail structurant qui permet d'intégrer un enfant dans un groupe social à travers le respect, et une activité sexuelle violente réprimée par la loi. Dialectiquement parlant, il compare donc respect et pédophilie comme deux mêmes fonctions éducatives. Au delà de la malhonnêteté de cette juxtaposition des arguments, Claude Guillon considère-t’il vraiment les rapports sexuels sur mineurs comme une initiation bienfaitrice?

Libertaires, déphasés sociaux

    On peut penser que l'auteur a écrit ce texte dans le but de donner un point de vue à contre courant, donner une vision rebelle à ces écrits, une sorte de figure de style. Mais à l'heure où le sexe est vanté par l'économie du marché, dans tous les programmes tv, à chaque coin de rue; parler de sexe ne serait-il pas consensuel ? Et faire un texte évoquant le sexe avec des enfants, n'est-il pas une façon d'aider le capitalisme à faire tomber les derniers tabous des li-li-bo-bo afin de pouvoir vendre l'invendable … l'enfance.

 

[1] Lien vers les textes de Claude Guillon  (Attention son deuxième texte fait une quasi apologie de la pédophilie)

 

 

 

   Claude.

 

27 février 2010

Réponse à Michel Drac

Header.jpgMichel Drac vient de démissionner de son poste au bureau national d'E&R. C'est là une bien mauvaise nouvelle. Il était à mon sens, une personnalité très intéressante, qui développait sa propre pensée, parfois qualifiée d'aile droite d'E&R. C'était un élément moteur, qui dans ma vision des choses, aurait du prendre de plus en plus de place au sein d'E&R.  Pour ceux qui ne le connaitrait pas bien, je conseille de lire son excellent journal de la grande dépression [1] ou d'écouter sa conférence "Crise ou coup d'état" [2].

Il s'est expliqué sur les raisons de son départ dans un texte publié sur scriptoblog. Ce texte présente une classification assez intéressante des types de personnes  rencontrées au sein d'E&R. Bien que ce type de classification possède des limites [3], un individu pouvant être à cheval sur plusieurs catégories, elle n'en reste pas moins assez pertinente. Michel Drac souligne également le turnover important au sein d'E&R. A la question "Devez-vous entrer à E&R ?" il répond "l’important, c’est d’y être passé". Et pour le coup, je ne suis pas du tout d'accord. Y passer oui, mais pour aller où? Dans le cas de Michel Drac, qui quitte E&R pour aller développer sa propre maison d'édition, l'issue est très respectable. Mais tous les camarades ne finissent pas aussi bien. Dans notre section et celles avoisinantes, nous avons vu pas mal de nos camarades, parfois très brillants [4], nous quitter et abandonner tout activité politique.

Dans le contexte actuel de notre société, grangrénée par une virtualisation avancée, qui transforment les gens en spectateur du monde, on ne peux pas se réjouïr de ces désaffections. Elles participent à la disparition du résidu de conscience politique qui subsiste dans notre pays. Les maigres alternatives existantes disparaissent chaque jour un peu plus. D'un coté l'espoir se réduit, de l'autre les ennuis (économiques, identitaires) s'aggravent, créant une société triste, voire dépressive. Il est donc important plus que de passer à E&R, de militer à E&R pour assurer sa survie et son développement. Créer de l'offre politique de qualité pour ne pas laisser les  gens dans leur morne quotidien. Créer de l'offre pour fédérer les personnes de bonne volonté, apprendre à militer et se tenir prêt si une opportunité se profilait.

Longue vie à scriptoblog et à E&R!

 

Romain.

[1] http://www.egaliteoureconciliation.fr/Le-Journal-de-la-De...

[2] http://www.egaliteetreconciliation.fr/Crise-ou-coup-d-eta...

[3] Heureusement dans notre section, nous n'avons jamais eu affaire à des "mabouls".

[4] Je pense notamment aux anciens responsables de la section Aquitaine.


 

 

 

06 janvier 2010

Les complotistes lunaires mis à mal

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Le complot lunaire est une théorie visant à montrer que l'homme n'a jamais marché sur la lune. Son principal vecteur de propagande est une vidéo Internet [1]. Les photos et les vidéos prises par la mission Appolo ne leur semblent pas authentiques: étoiles non visibles, drapeau flottant en l'absence d'air, absence de bruits de moteurs, … L'esprit logique leur rétorquera qu'une vidéo même truquée n'implique pas que l'homme n'ait jamais marché sur la lune. Et pourtant en étudiant certains faits périphériques aux missions Appolo, les complotistes nous démontrent l'inverse. Les morts accidentelles sont vues comme des victimes du complot, dont on se débarrasse parce qu'ils en savaient trop. Puis certains font part de leur doutes sur la viabilité technique de la mission Appolo, et finalement la conclusion est vite bouclée: l'homme n'a très certainement pas marché sur la lune.

Au regard de cette vidéo, l'absence de rigueur scientifique est assez frappante. Peu de preuves font référence à des théorèmes de physique ou d'optique, mais presque toutes sont des preuves de soit-disant « bon sens ». Tous ces arguments ont été défaits par plusieurs sources indépendantes [2]. Mais jusqu'à récemment, on ne disposait pas d'argument massue. Ce n'est plus le cas depuis quelques années avec la multiplication des programmes d'observation de la lune par image satellite. La sonde Japonaise Kaguya puis la mission LRO de la NASA, ayant pour but de cartographier la lune, ont pu retrouvées les vestiges des missions Apollo. Les images sont sans appel et les spécialistes ont pu distinguer le LEM ainsi que les traces de pas laissées par les astronautes [3]. La mission LRO devrait effectuer d'autres passages et pourrait si les conditions sont bonnes faire des photos d'une résolution trois à quatre fois supérieures, ce qui tordrait le coup une bonne fois pour toute aux rumeurs.

A ceux qui crierait encore au complot, évoquant une manipulation des images, je ferai remarquer que celle-ci serait très difficile. S'il est possible de modifier une image pour ajouter le LEM (qui ne doit faire qu'une vingtaine de pixels), il est beaucoup plus difficile de modifier globalement une image pour changer la topographie générale. Comme de nombreux satellites ou télescopes ont observer la région depuis, il faudrait également que toutes ces photos étaient retouchées. Choses difficiles à faire étant donné la diversité des sources, d'autant plus que si certains pays avaient pu étayer la thèse du complot (Russie, Corée du Nord), ils ne s'en seraient pas privé.

Les programmes satellitaires d'observation de la lune se multipliant de plus de plus, la thèse du complot lunaire risque bien d'apparaître comme ce qu'elle est, beaucoup d'agitations pour rien du tout.

 

[1] http://video.google.fr/videoplay?docid=618019740137944436...

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Rumeurs_sur_le_programme_Apo...

[3] http://www.nasa.gov/mission_pages/LRO/multimedia/lroimage...

 

 

Romain.

 

03 mai 2009

Nos "amis" d'alternative libertaire

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Alternative Libertaire est le journal de la mouvance communiste libertaire dont les textes et l'iconographie s'efforcent de mettre en avant le rôle de femmes et des minorités sexuelles. Du moins c'est qu'il est marqué sur leur quatrième de couverture. Tout un programme! Dans leur numéro d'Avril nos zozos consacrent une partie de leur page culture au dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale de 1945 à nos jours.

L'article conclut en déplorant que certaines formations dont la création est postérieure à la rédaction l'ouvrage - Égalité et Réconciliation par exemple n'y figure pas. Au delà du fait touchant qu'Alternative Libertaire se préoccupe de la visibilité médiatique d'E&R, je leur ferai remarquer que le deuxième sous-titre d'E&R est gauche du travail droite  des valeurs. Il n'est donc pas certain qu'E&R ait sa place dans cet ouvrage. Allez messieurs d'AL, faites au moins l'effort de comprendre nos positions même si vous ne partagez pas nos opinions.

Romain.

26 avril 2009

Écologie et réconciliation

globe.jpegLa notion de décroissance est parvenue jusque dans nos milieux patriotes par l'intermédiaire d'Alain De Benoist et de son livre, Demain, la décroissance !, Penser l'écologie jusqu'au bout. Alain Soral a également repris certains aspects de la décroissance dans ses discours [1]. Ceux qui se tiennent un peu informé ont donc déjà entendu parler de décroissance. Mais il n'y a pas encore de point de vue officiel E&R. Il était donc grand temps d'examiner cette théorie dans le détail.

Tour d'horizon

Quels sont les principaux atouts de la décroissance? Tout d'abord celle-ci soulève des problèmes qui surviendront inévitablement si le monde continue dans cette direction productiviste. Le fameux slogan « une croissance matérielle infinie dans un monde fini n'est pas possible » résume bien le fait que notre mode de vie n'est pas soutenable. La décroissance est la seule idéologie à faire de l'écologie sérieusement. Le développement durable étant une imposture maintes fois dénoncée [2]. Les décroissants partagent avec nous des valeurs comme l'anti-mondialisme et l'anti-consumérisme. Leur anti-mondialisme est une conséquence de leur volonté de réduire l'empreinte écologique de l'homme sur la nature. La première manière d'y parvenir étant de supprimer les transports les plus polluants comme l'avion. Cette réduction des transports entraine une relocalisation, également prônée à E&R pour de toutes autres raisons. Leur anti-consumérisme est aussi lié à la réduction de l'empreinte écologique et se traduit par le concept de simplicité volontaire, qui propose de limiter sa consommation au strict nécessaire. Les décroissants reprochent également à notre société sa trop grande uniformisation par le modèle Américain capitaliste, qui entraine la destruction des agricultures traditionnelles. Soral a lui aussi critiqué cette destruction de la société traditionnelle par logique marchande, comme le Paris des années 70 détruit par l'arrivée des bobos suite à l'augmentation des loyers. Ces valeurs communes pourraient faire des décroissants de potentiels alliés sur le plan local. A gauche nous pouvons discuter avec la gauche du travail, à droite avec la droite des valeurs, et chez les écolos avec les décroissants?

Comment concilier l'idéologie nationaliste E&R et la décroissance? Est-ce tout simplement  possible? A vrai  dire les deux idéologies répondent à des problèmes qui se poseront à coup sur mais pas au même moment. Comme le disait Alain De Benoist [3], « Personne n'a raison d'une façon absolue, je crois qu'on a toujours raison par rapport à une situation donnée, par rapport à des circonstances, par rapport à un devenir historique ». Le nationalisme d'E&R est donc circonstanciel, un outil très efficace face à l'actuelle mondialisation dévorante. Mais nous n'aurions vraisemblablement pas  été nationaliste dans les années 30. Le nationalisme permet de répondre de manière concrète aux problèmes d'aujourd'hui. Mais pour répondre aux problèmes de demain, nous aurons besoin du fantastique outil d'analyse que constitue la décroissance. Un outil d'analyse, tout comme l'est le marxisme; et ses concepts fondamentaux pour la pensée d'E&R que sont les rapports de classes et les rapports de productions.

Un ciel nuageux

Comme toutes théories, la décroissance possède ses limitations. La plus visible aujourd'hui se trouve dans le passé politique des militants décroissants. La plupart sont issus de la gauche et de l'extrême gauche; ils ont ramenés avec eux des thèmes comme la défense des sans-papiers, le féminisme et la non-violence. Présentés comme des valeurs universelles, indiscutables puisqu'issues des droits de l'homme; elles ont été incorporées au sein de la décroissance sans qu'aucune réflexion sérieuse ne soit mené pour savoir si l'ensemble est cohérent. La rubrique féministe du journal la décroissance tente, sans grand succès, de montrer que décroissance et féminisme sont liés. Se heurtant au problème que de l'aveu même des féministes comme Elisabeth Badinter, c'est la société de consommation qui a libéré la femme. Quant à la défense des sans-papiers, elle serait toute naturelle car en tant qu'humaniste, il ne serait pas possible de s'opposer aux migrations. En clair la décroissance a déjà vu son corpus doctrinal parasité par le gauchisme. Pour le moment ce parasitage n'est pas trop présent et les décroissants restent centrés sur la décroissance. Mais le risque de se fourvoyer dans de faux combats sera très grand, et la décroissance pourrait bien être perverti comme Besancenot a perverti l'anticapitalisme.

L'autre problème majeur réside dans la théorie elle-même. Il est très difficile d'imaginer comment l'appliquer et les problèmes soulevés sont considérables. Examinons le cas du principe de simplicité volontaire. A l'heure de l'enfant roi et de l'omni-présence du narcissisme, au moment où la société toute entière est tournée vers la jouissance; comment l'adhésion à un mode de vie plus simple, plus frugal pourrait avoir lieu? Si l'on proposait de mettre fin à l'obsolescence programmée des téléviseurs en allongeant leur durée de vie à cinquante ans, mais que le prix double ou triple; le succès ne serait pas au rendez-vous. La majorité préférerait le téléviseur le moins cher, avec l'espoir, dès lors qu'elle tombera en panne, de la remplacer par une autre de meilleur standing. Un  raisonnement de consommateur individualiste.
Face à cette difficile équation, certains théoriciens ont répondu par le concept de pédagogies des catastrophes. L'humanité serait assez sage pour apprendre de ses erreurs. Mais n'est-ce pas là une naïveté ahurissante? Si la pédagogie des catastrophes existe, elle n'est pas encore visible puisque la pollution augmente plutôt qu'elle ne régresse. Il est assez rapide de comprendre que seule une catastrophe d'ampleur majeure pourrait déboucher sur une véritable prise de conscience. Il faudrait une catastrophe d'intensité bien supérieure à tout ce que la terre a subi jusqu'à présent: marées noires, dérèglement climatiques, ... Cette pédagogie des catastrophes ressemble beaucoup à la convergence des catastrophes de certains identitaires, dans la mesure où elles ne semblent être que de jolis jouets théoriques inventés pour que les théories fonctionnent. Le message à comprendre est: « Même en l'absence d'alternatives à proposer, même si le monde ne prend pas la direction que vous souhaitez, n'ayez crainte, le système provoquera lui-même sa fin. Le retournement de situation aura lieu et vous pouvez même encourager le système pour précipiter sa fin! » L'imposture de ce discours est qu'une véritable catastrophe pourrait bien laisser l'humanité définitivement mutilée. Comme dans le cas d'une contamination nucléaire de la majeure partie de la planète, qui obligerait la population à vivre dans des territoires hostiles, comme les pôles. Plutôt que de croire à une pédagogie des catastrophes, pourquoi ne pas prôner une anticipation des catastrophes?

Des éléments instables?

Tous les problèmes théoriques posées par la décroissance découlent de son caractère extrêmement révolutionnaire, de sa remise en cause complète de l'idéologie du progrès et du rapport de l'homme à la nature. Cette rupture est telle que tout mise en œuvre de la décroissance équivaut à sortir du système actuel, à tous les niveaux. Sur le plan individuel, les pratiquants de la simplicité volontaire se trouvent souvent désocialisés; car ils se coupent de la société de consommation. Sur le plan géo-politique, un pays qui pratiquerait la décroissance se trouverait également coupé du monde. Il ne pourrait ni acheter aux autres pays des produits, qui ne sont pas durables; ni vendre sa production puisque ses produits ne seraient pas compétitifs selon les critères du marché. De plus la décroissance n'est écologiquement rentable que si tout le monde la pratique. Le plus bel exemple étant que les quelques milliers de décroissants en France ne rattraperont jamais les pollutions de tous les autres Français. On peut également se poser la question de savoir comment faire respecter l'application de la décroissance. Si tous les pays de la terre deviennent décroissants, que se passera-t'il si un pays viole ce principe pour se lancer dans une polluante course à l'armement? Le pays armé l'emportera toujours sur celui qui ne l'est pas. La technique, même si elle est parfois polluante, confère un véritable pouvoir et peut se révéler très utile. Les décroissants luttent souvent pour la suppression des voitures en raison de la pollution engendrée. Mais les ambulances permettent quand même de sauver des vies humaines en transportant rapidement les blessés. Ils refusent l'utilisation des téléphones portables, mais ceux-ci permettent aussi de sauver des vies humaines. Une application stricte de la théorie amène donc à renoncer à un partie du progrès. Une application plus modérée paraît donc plus raisonnable.

Le difficile équilibre

Incontestablement la décroissance est une théorie qui doit être prise au sérieux par E&R. Nous sommes même peut-être les mieux placés pour la développer car nous ne trainons pas les boulets gauchistes que sont les faux combats comme le soutien aux sans-papiers. Les nombreux écueils devront être analysés pour savoir si la décroissance est réellement utilisable pour faire de l'écologie et si elle permettra de mener un vie plus intéressante. Alain De Benoist déclarait à propos des verts [4]: « Les verts en France sont apparemment plus préoccupés par la défense du politiquement correct, du mariage gay ou de la légalisation des drogues douces que par préservation du cadre naturel d'existence. Autant les gens sont sensibles à un message véritablement écologique, autant la défense de causes marginales les intéressent peu. Il est donc logique et pas du tout paradoxal que les verts en tant que parti politique soit en voie d'affaiblissement au moment même où l'écologie rentre de plus en plus dans les esprits». Et  si c'était E&R qui réconciliait les français avec l'écologie grâce à la décroissance?

Romain


[1]  Conférence d'Alain Soral, Fréjus le 23 mai 2008,
[2]  Y compris sur le site nationnal d'E&R: lien
[3] Interview du 28 Novembre 1977
[4] Interview sur Radio Bandiera Nera